Motion proposée par le Collectif 384
L’Université Paris-Saclay, en tant qu’institution publique d’enseignement supérieur et de recherche, se doit d’incarner les valeurs de liberté académique, de débat critique et d’éthique. Pourtant, des événements récents révèlent une tendance inquiétante à la répression des initiatives étudiantes et à la remise en cause de l’indépendance des instances éthiques, au mépris des principes fondamentaux qui devraient guider une université ouverte sur le monde.
Les membres du conseil constatent :
1. une répression des initiatives étudiantes et musèlement de l’expression critique
– Le 19 janvier 2026, des étudiants de CentraleSupélec ont exprimé, de manière pacifique, leur désaccord avec les partenariats de leur école avec des industries militaires (Dassault Aviation, Safran, MBDA). En réponse, six étudiants ont été convoqués pour une procédure disciplinaire, accusés d’avoir porté préjudice à l’image de leur école. Cette décision est d’autant plus choquante qu’elle inverse les rôles : ce sont les étudiants, en tant que citoyens responsables, qui ont rappelé l’importance de l’éthique dans le choix des
partenariats industriels.
– En janvier 2026, à AgroParisTech, des étudiants occupant leur école pour critiquer les orientations pédagogiques et les dérives de l’agro-industrie ont fait face à une intervention policière, alors qu’ils ne faisaient qu’exercer leur droit à la contestation et à la réflexion collective sur l’avenir de l’alimentation et de la nature.
Ces deux exemples récents illustrent une volonté des directions de museler l’expression citoyenne et critique, alors même que l’université devrait constituer un espace de réflexion libre et éclairée, à l’abri des lobbys et encourager le débat et la responsabilité éthique face aux enjeux sociétaux.
2. une remise en cause de l’indépendance des instances éthiques
– Le Conseil pour l’éthique de la recherche et l’intégrité scientifique de l’Université Paris-Saclay (POLÉTHIS) avait émis un avis recommandant la suspension des partenariats avec des universités israéliennes, en raison de préoccupations éthiques et juridiques. Cet avis a été retiré sur demande de la présidence de l’université, soulevant des questions sur l’indépendance des instances éthiques et le risque de complicité dans des violations des droits humains.
Cette décision, en plus de porter atteinte à la crédibilité de POLÉTHIS, envoie un signal alarmant sur la capacité de l’université à garantir un espace de réflexion éthique et juridique, protégé des pressions politiques ou économiques.
Face à ces constats, le conseil d’IUT d’Orsay demande à la présidence de l’université de s’engager publiquement en faveur de la liberté d’expression et du débat critique au sein de l’ensemble des composantes de l’université, et de garantir la mise en application de cet engagement, notamment en créant des conditions d’expression, pour tous les membres de l’université, professeurs comme étudiants, favorables à un discours pluriel et critique, sans crainte de représailles.
L’Université Paris-Saclay ne peut se contenter d’être un lieu de transmission des savoirs et la chambre d’échos des intérêts de différents groupes qui lui sont extérieurs : dans l’éco-système complexe de notre démocratie, l’université doit continuer à exercer son rôle de défense de l’esprit critique : elle doit aussi être un espace de liberté, de débat et d’engagement. Les événements récents montrent qu’il est urgent de réaffirmer ces principes et de les traduire en actes concrets. Le conseil d’IUT s’engage à porter ces revendications et à veiller à leur mise en œuvre, pour une université à la hauteur de ses missions et de ses valeurs.
